Opinion

Les pays occidentaux aggravent leur déclin en suivant aveuglément Washington

La Charte des Nations Unies comme but et moyen de la coopération internationale (1re partie)

Les 14 et 15 juin 2023 s’est tenu à Pékin un Forum international sur le thème « International Cooperation and Global Human Rights Governance ». Plus de 300 personnalités dont des universitaires, des membres de gouvernements, d’instituts de recherches, de journalistes, d’une représentante du Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU et de 100 pays y participaient. Une très importante délégation chinoise de haut niveau composée de dirigeants politiques, de membres du gouvernement, d’universitaires, d’experts dans le domaine de l’étude des droits de l’homme était également présente.

Jean-Pierre Page y était invité, il a apporté la contribution suivante.

Par Jean-Pierre Page

Il n’est jamais inutile de rappeler les textes fondateurs. La modernité et la pertinence de la Charte des Nations Unies constituent la référence essentielle de la coopération internationale, celle fondée sur le multilatéralisme, il n’en est nul autre. C’est ce qu’exprime avec une grande clarté le chapitre 9 et les articles 55 et 56 de la Charte sur la Coopération économique et sociale internationale. Que disent-ils :

Article 55 : “En vue de créer les conditions de stabilité et de bien-être nécessaires pour assurer entre les nations des relations pacifiques et amicales fondées sur le respect du principe de l’égalité des droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes, les Nations Unies favoriseront :

a. le relèvement des niveaux de vie, le plein emploi et des conditions de progrès et de développement dans l’ordre économique et social.

b. la solution des problèmes internationaux dans les domaines économique, social, de la santé publique et autres problèmes connexes, et la coopération internationale dans les domaines de la culture intellectuelle et de l’éducation.

c. le respect universel et effectif des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion.”

Article 56 : “Les Membres s’engagent, en vue d’atteindre les buts énoncés à l’Article 55, à agir, tant conjointement que séparément, en coopération avec l’Organisation.

Dans la continuité de la Charte des Nations Unies, l’adoption de la déclaration de Vienne en 1993 et son programme d’action sur les droits humains a en fait été surtout marqué par la décision très politique de créer un bureau du Haut Commissaire pour les droits de l’homme, l’OHCHR (Office of the High Commissioner for Human Rights). Cette décision fût inséparable de la réforme des Nations Unies engagée à cette époque sous la pression des Etats-Unis et de ses alliés occidentaux, des institutions financières comme des sociétés transnationales (STN).

Après la destruction de l’URSS, tenant compte du nouveau rapport des forces international, l’objectif des Etats-Unis et de ses vassaux était d’en finir avec le multilatéralisme obstacle à sa vision unilatérale d’un monde unipolaire. Cet objectif poursuivi hier, l’est particulièrement aujourd’hui. Cet objectif n’a pas changé, même si le rapport des forces n’est plus le même. En 1993, au nom d’une prétendue promotion des droits de l’homme il fallait en finir avec la mission et le fonctionnement du Centre de l’ONU pour les droits de l’homme. Les prérogatives du Centre étaient alors limitées à un rôle de secrétariat administratif auprès de la Commission intergouvernementale des Droits de l’Homme de l’ONU. Avec la mise en place du Haut Commissaire et la création de l’OHCHR il en fût autrement, on dota celui-ci d’une fonction politique.

Tenir compte de la réalité internationale nouvelle exigeait pour les occidentaux de faire coïncider le but et les moyens afin de se distancer de la Charte des Nations Unies qui à leurs yeux était obsolète et incompatible avec leurs ambitions de refaçonner le monde.

Pour ce faire, l’OHCHR créé à cette occasion allait donc disposer de moyens politiques et financiers étendus permettant de faire de la « défense des droits de l’homme » une arme à disposition de l’impérialisme pour soumettre le reste du monde.

Aujourd’hui environ 1300 employés travaillent à Genève et New York avec un budget en 2019 de plus de 200 millions de dollars US et l’usage croissant des fonds volontaires dont les financements constituent un autre moyen de pression des pays occidentaux pour la mise en œuvre de leurs stratégies à l’égard de pays dont les orientations politiques ne coïncident pas avec les leurs. C’est également le cas à travers la liquidation de la fonction publique internationale, à laquelle on a substitué une forme de mercenariat ! Dorénavant le recrutement de ce nouveau type de « fonctionnaires » se fait à travers la collaboration d’intérimaires issus d’ONG et de représentants de la société civile.

La vision unilatérale d’un Etat

Faire ce rappel est indispensable si l’on veut comprendre ce qu’était l’objectif véritable de la mise en place de l’OHCHR. En fait, on a voulu substituer à une vision multilatérale principe essentiel de la fondation des Nations Unies, la vision unilatérale d’un Etat, en l’occurrence celle des Etats-Unis qui n’ont jamais caché combien à leurs yeux demeurait dans le système Onusien la survivance d’un passé révolu, une sorte d’anachronisme condamné à évoluer ou à disparaître.

C’est ce qui a conduit Washington dès les années 90 à insister sur la mise en place d’un nouvel ordre fondé sur de nouvelles règles rule base order, qui a entraîné à travers la réforme des Nations Unies la définition des missions et la finalité de l’OHCHR, l’usage du concept de R2P le trop fameux right to protect et la légitimation du droit d’ingérence. Autre exemple significatif celui de la circulation maritime qui autorise une interprétation dangereuse et fausse de la liberté de navigation (freedom of the seas) permettant aux USA et ses alliés de multiplier les provocations, en mer de Chine en particulier dans le détroit de Taïwan.

A ce stade, et à travers les pressions qu’ils exercent par l’instrumentalisation du système des Nations-Unies, l’ambition des Etats-Unis est de disposer d’un outil permettant d’assurer leur suprématie globale, en s’octroyant un bien fondé pour toutes les actions et désordres dont ils prennent l’initiative. Ceci est indispensable à leurs yeux pour les guerres préventives à mener, pour les actions supposées contre le terrorisme, ainsi que pour la promotion des lois du marché garantissant la propriété privée. C’est pourquoi, à leurs yeux il faut en matière de droits humains imposer « une gouvernance mondiale » afin de légaliser l’imposition des conditions des États riches sur les pays pauvres, sur les plus faibles ceux en voie de développement à travers l’usage et la systématisation des plans d’ajustements structurels se faisant au nom du respect des droits humains, de la démocratie et d’une bonne gouvernance. L’objectif étant de déresponsabiliser des gouvernements démocratiquement élus à travers des systèmes politiques souverains, en transférant leurs compétences et les gouvernances de l’intérieur vers l’extérieur afin de les confier aux sociétés transnationales et institutions financières, au FMI et à la Banque Mondiale. Cela permettant ainsi de faire renoncer des états indépendants à leurs institutions propres en les forçant à adopter un seul modèle économique, social et politique permettant leur intégration dans le processus de globalisation capitaliste piloté par Washington.

A la fin des années 90 et au nom de la mondialisation néo libérale cette approche a permis de réviser radicalement le rôle de l’Assemblée générale de l’ONU en limitant son autorité et ses prérogatives. Ce fut le cas également en dévitalisant l’action de la CNUCED, de l’UNESCO et de l’OIT en faisant valoir l’idée d’un nouveau partenariat entre les entreprises et les salariés, idée qui avait été soutenu au Forum Economique Mondial de Davos autant que par la Confédération Internationale des Syndicats Libres (CISL, à laquelle devait succéder en 2006 la Confédération Syndicale Internationale- CSI). A ainsi été mis en place un groupe de travail consultatif de 15 chefs d’entreprises multinationales , prenant la forme d’un conseil de sécurité économique comme en d’autres temps l’avait été au niveau européen « la table ronde des industriels »(ERT, avec l’appui de la Confédération Européenne des Syndicats(CES).

Dans ce cadre, on peut aussi prendre la référence obsessionnelle qu’est devenu l’usage de sous-traitants pour mener à bien des programmes et des activités de l’ONU, comprenant la recherche de « partenariats stratégiques » avec des acteurs non-étatiques et provenant de ce qu’on appelle la société civile (les ONG) ou du secteur privé (les entreprises transnationales) dont par exemple le groupe Merryl-Lynch chargé en son temps de piloter la réforme des Nations-Unies. Une telle évolution en forme de rupture radicale avec les nations fondatrices de l’ONU contribue à l’élimination des valeurs restantes, des principes comme de l’éthique liée au système multilatéral.

Cela est d’ailleurs prolongé par des applications au niveau des états. Par exemple en recourant aux consultant et cabinets d’experts privés dans le domaine de la santé et de la protection sociale. En France ce fût le cas avec la gestion de la crise du Covid 19 qui a été confiée à la multinationale Merry Lynch ou la contre réforme du système de retraites en France qui a été délégué au groupe financier d’investissements US Blackrock, considéré comme le plus important gestionnaire d’actifs au monde spécialisé dans la gestion des fonds de pensions. On pourrait multiplier les exemples qui mettent ainsi directement en cause la fonction publique d’état qu’elle soit nationale ou internationale.

En fait, les États-Unis ne sont pas seulement à la recherche de l’acceptation de la part des États membres de leur vision néolibérale et impérialiste, mais plutôt de les enrôler dans leur application et dans l’acceptation de leurs conséquences au nom de la « communauté internationale » et la reconnaissance du leadership étasunien. C’est ce que cette contribution doit traiter plus loin à travers les « Sommets pour la Démocratie » organisés par Joe Biden et qui ont permis d’atteindre de nouveaux sommets d’hypocrisie dans la définition de la démocratie made in USA.

Par conséquent, s’agissant des droits de l’homme on a ces 30 dernières années assisté progressivement à une rupture nette avec le passé précédent. La nouvelle orientation impliquant de nouveaux organes, de nouvelles procédures, de nouvelles méthodes de travail, et un nouveau type de personnel ayant plus à voir avec des mercenaires diplomatiques qu’avec le service civil international.

Comme cela était prévisible l’OHCHR est très vite apparu comme une arme utilisée unilatéralement par les pays occidentaux, « un cheval de Troie » en quelque sorte avec comme but d’en finir avec la finalité même de la Charte des Nations Unies, c’est à dire : le principe fondamental de l’égalité souveraine des nations, le règlements des différents internationaux par des voix pacifiques, la coopération par le respect de la souveraineté des états, le respect de l’intégrité territoriale, la liberté des peuples et leur libre choix. Autant de principes dont la modernité et la pertinence permettent de défendre et faire vivre le multilatéralisme en tournant le dos à l’unilatéralisme. C’est à dire l’implication directe dans les affaires internes d’un état jusqu’ à l’interventionnisme, à l’ingérence, aux sanctions et autres mesures de coercition y compris la guerre.

Par conséquent, 30 ans après la Conférence de Vienne le bilan est donc des plus discutable, il reste à faire. On nous avait promis un monde de paix, de coopération, de développement et de progrès social, on a eu droit aux guerres, aux actions en faveur de changements de régime, à la généralisation des sanctions, à la mise en cause directe de la souveraineté des états, et a un recul social qui pour certains pays a pris la forme d’un recul de civilisation. En fait cette contestation occidentale des finalités de la Charte des Nations-Unies, le non respect de ses recommandations a fait naître un chaos qui a fait régresser les droits humains. Le monde est devenu plus instable, plus inégale, plus dangereux et moins sur. La crise du capitalisme et de son système néolibéral a fragilisé la plupart des nations, leurs économies, leurs institutions. Leurs services publics ont été dévastés, la pauvreté de masse s’est accrue en même temps que nous avons assisté à l’accumulation sans précédent de richesses, de privilèges en faveur d’une oligarchie parasitaire et corrompue qui entend diriger le monde.

A mes yeux, l’utilité de ce Forum de Beijing sur la gouvernance mondiale des droits humains doit donc permettre de nous aider à faire l’état des lieux en prenant en compte l’évolution du système international tout comme la signification des résistances, des oppositions qui grandissent face à ce qui demeure une volonté d’instrumentaliser unilatéralement le système des Nations Unies. Il s’agit de clarifier afin de permettre de surmonter ce qui doit l’être et ouvrir des perspectives crédibles en faveur du multilatéralisme, de la multipolarité comme de véritables alternatives de coopération gagnant/gagnant. Nous avons pour cela besoin de prendre en compte un monde qui change vite, un monde au devenir qui peut être prometteur mais aussi et contradictoirement incertain.

On ne saurait se contenter d’avoir le regard figé sur l’horizon nous devons anticiper voir au delà de celui-ci. C’est là une ambition autant qu’une grande responsabilité pour toutes les forces de progrès dans le respect de leur diversité.

Le monde change vite ?

La situation internationale est fondamentalement caractérisée par le tournant géopolitique mondial. Un changement de paradigme donnant lieu tout à la fois à des dangers inédits et inquiétants et dans le même temps au renouveau d’un mouvement d’émancipation, universel et prometteur, fondé sur le choix du développement, de la coopération, du respect de la souveraineté . Cette évolution est caractérisée par le mouvement ascendant d’états qui partant de leurs besoins propres et ceux de leurs peuples, s’unissent, se rassemblent font entendre leur voix de manière autonome et indépendante mais surtout qui agissent en conséquence. Cette situation inédite est illustrée par des alliances anti-hégémoniques. Elles sont politiques, économiques, financières, monétaires, sociales et culturelles. Elles permettant de redonner du sens à la déclaration sur le droit au développement et à la réponse aux besoins fondamentaux des hommes.

Sur ce point, les attentes sont immenses et sur tous les continents. Ainsi le début de mouvement de dé dollarisation auquel on assiste et qui contribue à se dégager de la tutelle étouffante du dollar dans les échanges fait souffler un vent de panique à Washington et dans les capitales occidentales et un vent d’espoir dans le reste du monde. Cette évolution dans le cadre de laquelle la Chine joue un rôle déterminant aux côtés d’autres pays comme ceux des BRICS contribue à un nouvel état d’esprit et a donner du sens à la proposition du président Xi Jinping de militer en faveur d’une ambition planétaire celle de faire vivre une communauté de destin. Il est donc normal que cette proposition suscite soutien et intérêts comme on peut la constater à travers la mise en œuvre du projet des Nouvelles Routes de la Soie (BRI). Cette démarche concrète et innovante témoigne que les moyens existent pour échapper à la logique mortifère que les Etats-Unis persistent à vouloir imposer. Au fond tout est affaire de vision et de volonté politique.

C’est sans doute pourquoi cet objectif de développement suscite des attaques de la part des gouvernements occidentaux et de certaines institutions internationales et supranationales comme l’Union Européenne qui pourtant dans le même temps et contre ses propres intérêts fait face à une crise systémique profonde. Pour ces raisons, les obstacles mis en avant par les dirigeants occidentaux conjointement avec les forces du fanatisme de la finance constituent non seulement un frein, mais un barrage forcené de la part de ceux qui entendent et à n’importe quel prix maintenir leur suprématie sur le reste du monde.

Pour celles-ci il s’agit de maintenir et sauver le système néolibéral qui a prévalu jusqu’à maintenant. Les réunions du G7 et d’autres institutions internationales ou régionales sont ainsi devenu la manifestation d’une fébrilité oscillant entre agressivité et comportement défensif. En fait, l’inquiétude n’a cessé de croire devant le gonflement des dettes publiques et privées, celles liées à l’éducation, à la santé, au logement, aux transports. La récession, l’inflation qui se développe sur le plan social la stagnation comme la régression du pouvoir d’achat des travailleurs et de leurs familles expliquent les ruptures sociales auxquelles nous assistons. Vouloir, faire diversion sur d’autres sujets comme ce que l’on à coutume d’appeler les problèmes sociétaux ne résoudra pas la crise profonde des pays occidentaux qui font le choix de sacrifier les besoins sociaux de leurs peuples, de leurs économies pour défendre et préserver les prétentions totalitaires de Washington.

Par exemple l’état moribond de l’industrie manufacturière aux Etats-Unis comme dans de nombreux pays européens est une réalité incontestable. La désindustrialisation s’est accélérée et généralisée. Elle a précipité au chômage et dans la misère des millions de gens, elle a contribué à freiner la mise en œuvre du droit au développement, elle a sacrifié l’indépendance et la souveraineté des états. Elle a détruit des communautés, mis en faillite des villes et des villages. La récente crise épidémique en a été le révélateur. Les diversions médiatiques n’ont pas pu résoudre les problèmes liés aux capacités à résister efficacement au Covid19. On a cherché à détourner l’attention des gens par rapport à la gravité de la crise intérieure dans de nombreux pays développés. Ainsi, en France, pays de Pasteur et des vaccins on a fait le choix de capituler devant l’industrie pharmaceutique US, on a été incapable de produire des vaccins et même de se donner les moyens de lutter efficacement contre l’épidémie par le manque de lits d’accueil dans les hôpitaux publics, le manque de personnels compétents, et même de masques et de respirateurs.

La crise en Ukraine est sur un tout autre plan un exemple significatif. Une large majorité de pays dans le monde ont refusé de s’aligner et de céder aux menaces, aux sanctions, aux exigences des Etats-Unis et de l’Union Européenne devant les conséquences économiques, sociales et financières du fait de l’alignement aveugle de Bruxelles, Berlin, Paris et Londres sur les sanctions de Washington et les orientations irresponsables de l’OTAN qui prétendaient mettre l’économie russe à genoux. En fait, les exemples ne manquent pas pour illustrer que c’est à l’inverse à laquelle nous avons assisté ! Le défaut de paiement pour les USA, l’effondrement ou la fragilisation extrême de nombreuses banques régionales aux USA et en Europe, l’Allemagne entré en récession, la Grande Bretagne dont l’économie s’est effondré, la France qui voit sa notation internationale déclassé doit dans son cas faire face à un mouvement social depuis six mois jamais encore vue depuis 50 ans et à la colère des générations de jeunes des banlieues ghettoïsées. Par conséquent, il n’est pas excessif de dire que le déclin de l’autorité politique des pays occidentaux en suivant aveuglément les instructions de Washington a contribué à l’aggravation de leur propre crise politique, institutionnelle, économique, sociale, financière et monétaire qui de surcroit n’avaient pas attendu la crise ukrainienne. Cette situation périlleuse voit simultanément progresser le danger que représentent les idées de l’extrémisme, raciste et fascisant à travers les progrès électoraux significatifs des forces de l’extrême droite leur permettant d’accéder au gouvernement dans de nombreux pays européens.

Aussi, ceux qui aux lendemains de la chute du mur de Berlin avaient comme Francis Fukuyama prophétisé « la fin de l’histoire » en sont aujourd’hui à admettre qu’ils se sont trompés. Depuis, le même Fukuyama a affirmé dans une sorte de fuite en avant apeurée « si nous baissons la garde le monde libéral disparaitra ». Cette angoisse est significative et ce revirement spectaculaire signifie combien nous assistons aux plus importants changements internationaux que nous avons connu depuis près d’un siècle.

Par conséquent, il faut se féliciter et encourager les initiatives inédites bilatérales ou multilatérales qui cherchent à se dégager du despotisme des donneurs d’ordre qui demeurent cramponnés à l’étalon dollar ou à l’euro en fâcheuse posture et provisoirement sauvé par la restriction du crédit. En fait, le moment est venu de réviser totalement l’héritage désuet des accords de Bretton Woods. Le monde a besoin de coopérations qui soient porteuses d’un renouveau de l’architecture internationale. Le moment est venu de mettre fin à la dictature du dollar et aux tentatives de recolonisation, comme aux pillages qu’entraîne, ce système conçu par les Etats-Unis à travers sa vision néo libérale ancrée dans le Consensus de Washington.

C’est pourquoi…

Il n’est plus possible de reporter la réforme de l’architecture financière internationale. Il faut renforcer la voix et la participation des pays en développement à la prise de décision économique internationale. Afin de favoriser le développement durable dans trois dimensions qui pourraient contribuer efficacement à la pleine mise en œuvre de l’agenda 2030 des Nations-Unies. Ainsi :

1- Il est urgent d’assurer la promotion des transferts de technologies et du renforcement des capacités, ainsi que la coopération technologique et scientifique des pays développés vers les pays en développement. Il s’agit là d’actions urgentes possibles et donc crédibles

2- Il y a également besoin de réformes en profondeur du système commercial afin de promouvoir la croissance économique ; investir dans des projets durables, lutter contre le changement climatique et ses effets négatifs, modérer les prix des denrées alimentaires en augmentant la production alimentaire afin de construire un système mondial dans lequel aucun pays n’est laissé pour compte.

3- Afin de revenir sur la bonne voie, il est crucial de mettre en place un système solide et efficace de commerce et d’investissement.

Ainsi comme on le voit il existe des solutions concrètes qui peuvent permettre de rassembler très largement la communauté internationale.

Par conséquent, si ce qui émerge est fait de potentiels et d’opportunités, la lucidité nous commande également de voir qu’il existe des risques majeurs pour le devenir de l’humanité. Il nous faut admettre que le monde unipolaire conséquence du changement de rapport des forces à en fait produit l’instabilité mondiale, une forme de chaos, la multiplication des crises dont celle en Ukraine en est le témoignage, l’explosion des inégalités sociales, les mesures coercitives comme mode de gouvernance, les dérangements climatiques, le drame des réfugiés, l’intolérance et la montée en puissance des extrêmes là ou l’on pensait qu’elles avaient été éradiquées.

Si il est vrai qu’il n’y a de fatalité en rien et que tout est fonction de la volonté politique dont on fait preuve, il faut avoir le courage de confronter les causes qui caractérise la crise systémique internationale actuelle, les 16 crises dont parlait l’ancien ministre nicaraguayen des affaires étrangères Miguel D’Escotto Brockman. Elle sont toutes interdépendantes les unes des autres et déterminent le contenu des droits humains fondamentaux et par conséquent du niveau des solutions et réformes qu’il faut entreprendre.

Les peuples ne sont pas dépourvus d’instruments leur permettant de faire face ! Le monde n’est pas condamné à voir son développement régressé ou condamné à résoudre ses problèmes par le seul recours à la force. Le débat, l’échange, le partage en faveur de décisions créatrices, de propositions répondant à des besoins concrets peuvent contribuer à la recherche d’issues à des situations de crise grave comme nous les connaissons, d’alternatives permettant la coopération pour le développement de tous. Il faut pour cela se libérer de l’unilatéralisme, des ostracismes, des politiques de sanctions appliquées unilatéralement et qui sont contraires à la Charte, des conditionnalités et même des fantasmes de certains. Cela exige un état d’esprit nouveau dégagé des conservatismes qui figent et divisent. L’objectif qui doit dominer doit être le choix de se rassembler autour de principes et de valeurs dans le respect des différences et des souverainetés de chaque peuple et de leur libre choix. C’est là une condition essentielle. Il faut remettre en valeur les principes mêmes de la Charte des Nations-Unies et agir pour la faire vivre concrètement.

J.P.-P.

(A suivre…)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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