Conseil de sécurité de l’ONU : frustration et colère après un nouveau veto américain
Les Etats-Unis ont une nouvelle fois bloqué jeudi l’adoption par le Conseil de sécurité de l’ONU d’un texte réclamant un cessez-le-feu et l’accès humanitaire à la bande de Gaza, provoquant la colère d’Etats membres qui ne veulent pas renoncer à peser sur ce dossier malgré les vétos américains répétés. C’est un « moment sombre » pour ce Conseil, a déploré l’ambassadeur pakistanais Asim Iftikhar Ahmad. « Le monde regarde. Les pleurs des enfants devraient nous percer le cœur, l’angoisse des mères devrait secouer notre conscience », a-t-il ajouté, promettant de « continuer à agir, à parler ». « Pardonnez-nous parce que ce Conseil n’a pas pu sauver vos enfants », a lancé, de son côté, l’ambassadeur algérien Amar Bendjama à destination de la population de la bande de Gaza. « Pardonnez-nous parce que le monde parle des droits mais nie les vôtres, à vous Palestiniens ».
La majorité des membres du Conseil manifestent de plus en plus souvent et explicitement leur frustration face à l’incapacité à faire pression sur l’entité sioniste pour mettre un terme au calvaire des habitants de la bande de Gaza.
Les dix membres élus du Conseil avaient lancé des discussions sur ce projet de résolution fin août en réaction à la déclaration officielle par l’ONU de la famine dans le territoire palestinien ravagé par la guerre menée par l’Etat hébreu depuis près de deux ans. Une première version du texte exigeait principalement la levée immédiate de toutes les entraves à l’entrée de l’aide. Mais selon des sources diplomatiques, la France, le Royaume-Uni et la Russie étaient dubitatifs sur l’intérêt d’une résolution uniquement humanitaire de la part d’un organe destiné à maintenir la paix et la sécurité dans le monde, qui risquait de toute façon de faire l’objet d’un veto par les Etats-Unis. Le projet bloqué jeudi (14 voix pour, 1 contre) réclamait bien la fin des restrictions à l’aide humanitaire, mais exigeait aussi « un cessez-le-feu immédiat, inconditionnel et permanent dans la bande de Gaza » et la libération immédiate et inconditionnelle des otages.
« Un échec humain »
Un message que les Etats-Unis ont déjà rejeté à plusieurs reprises, la dernière fois en juin lorsqu’ils avaient une nouvelle fois utilisé leur véto pour protéger l’allié sioniste qui tient le président Trump par le chantage pour son implication présumée dans l’affaire Epstein. « Cette résolution échoue à reconnaître la réalité sur le terrain, le fait qu’il y a eu une augmentation importante du flot d’aide humanitaire », a justifié la diplomate américaine Morgan Ortagus.
Pour envoyer « le message que le Conseil de sécurité ne tourne pas le dos à des civils qui meurent de faim, aux otages et à l’exigence d’un cessez-le-feu », a indiqué l’ambassadrice danoise Christina Markus Lassen avant le vote. « Une génération risque d’être perdue, pas seulement à cause de la guerre mais aussi de la faim et du désespoir (…) C’est cette situation humanitaire catastrophique, cet échec humanitaire et humain qui nous a forcés à agir aujourd’hui », a-t-elle ajouté.
L’entité sioniste fait face à une pression internationale croissante pour mettre fin à cette guerre génocidaire qui ravage Gaza depuis 2023. Une question qui sera au cœur du sommet annuel de l’ONU la semaine prochaine à New York. Après plus de deux mois et demi de blocage, l’entité sioniste autorise à nouveau depuis mi-mai l’entrée à Gaza d’une quantité très limitée de camions de l’ONU, qui dénonce des volumes largement insuffisants. Pour la première fois, une commission d’enquête internationale mandatée par l’ONU, mais qui ne parle pas au nom de l’ONU, a accusé mardi l’entité sioniste de commettre un « génocide » à Gaza depuis octobre 2023 avec l’intention de « détruire » les Palestiniens.


